L’après Ebola en Côte d’Ivoire, que doit-on faire ou ne pas faire ?

L’après Ebola en Côte d’Ivoire, que doit-on faire ou ne pas faire ?

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J’ai dû changer le titre de ce billet et recadrer mon analyse plusieurs fois. J’avais mal au cœur quand je l’écrivais au départ et j’y avais mis toute mon amertume de façon crue. Mais avec le temps, les vicissitudes de la vie m’ont apaisé. Le magma fondant s’est refroidi quelques semaines après cette bourde de la ministre de la santé de Côte d’Ivoire, le 8 septembre dernier sur les antennes de la télévision ivoirienne.

Mon ancien chef de service, ce qu’on appelle chez nous un doyen, aimait à dire qu’il ne faut pas se précipiter sur une affaire ou régler une situation lorsqu’elle est trop récente et qu’on a les nerfs à fleur de peau. Sinon on pète rapidement les plombs et le résultat est souvent salé. Merci à toi doyen pour ta sagesse, je dilue donc un peu mon propos non sans avoir encore mal.

L’annonce de la fin d’Ebola par la ministre de la santé en Côte d’Ivoire, salutaire mais quelque peu irresponsable !

On espérait qu’elle revienne pour rectifier son annonce, mais apparemment c’est son dernier mot. Pieds joints, ventre en l’air, la ministre de la santé et je suppose ses nombreux conseillers et collaborateurs ont fait un communiqué dans lequel ils annoncent la fin de l’épidémie de fièvre à virus Ebola. C’est une superbe nouvelle car les pressions sur le personnel de santé vont baisser. Dans les lieux de cultes, les croyants vont maintenant pouvoir se faire des accolades et se serrer les mains pour « la paix du Christ à l’église Catholique ». Et, les restrictions sur la libre circulation des biens et des personnes entre la Côte d’Ivoire et la Guinée vont officiellement être levées, même si nous tous on sait…

Cependant, gros bémol ! Cette fameuse déclaration ne s’arrête pas là, elle encourage les populations ivoiriennes à la consommation de la venaison*. Un micro trottoir a même été réalisé auprès des tenancières de restaurants et des populations qui s’en félicitent, mettant en rogne tous les agents du ministère des eaux et forêts. Ces agents sont en première ligne de la lutte contre la chasse et ont plusieurs fois mis leur vie en danger au plus fort de l’épidémie pour empêcher le braconnage et la consommation de la viande de brousse, vecteur de propagation de la maladie.

Dans un pays organisé, où un conseil des ministres est tenu chaque semaine, aucune décision consensuelle n’a pu être adoptée pour le bien être des populations. Le conseil des ministres avait décidé des mesures contre Ebola, la ministre de la santé a décidé avec ses conseillers de la levée des mesures. Les ministères semblent cloisonnés et ne mènent pas leurs actions en synergie, c’est l’une des choses importantes qu’on peut retenir de cette situation malencontreuse.

Pour preuve, le ministère des eaux et forêts a produit également un communiqué de presse le 20 septembre dernier. Il dénonce la vaste campagne de reprise de la consommation de la viande de brousse dans les médias nationaux, internationaux et les réseaux sociaux, à la suite de l’intervention inopportune du ministre de la santé. Il tient à rappeler aux populations que la chasse, la détention, la circulation, le commerce et la consommation de la viande et de tout produit de la faune sauvage issus du braconnage sont passibles de poursuites pénales conformément à l’arrêté n°03/SEPN/CAB du 20 février 1974 portant fermeture de la chasse.

Le ministère de la santé est tranquille dans son coin, le ministère des eaux et forêts également et les populations sont dans l’étau. Où allons-nous ?

*Venaison : chair de gros gibiers

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