Côte d’Ivoire : vers une catastrophe écologique sur le fleuve Bia, à l’est du pays

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    Entrée de la station de pompage d'eau en bordure de la Bia. Crédit photo: Agadès K.

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    Vue de la station de pompage d'eau. Crédit photo: Agadès K.

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Le fleuve Bia en Côte d’Ivoire présente un spectacle de désolation depuis quelques mois. L’eau du fleuve est de plus en plus boueuse. La biodiversité aquatique et les populations riveraines sont en souffrance face à cette pollution sans précédent. Les stations de production d’eau potable installées en bordures du fleuve ont été obligées d’arrêter l’alimentation des populations riveraines. Pourtant, aucun début de mesure n’est encore en vue. Que se sa passe-t-il pour que la Bia soit ainsi polluée ?

La Bia est un fleuve important localisé à l’est du pays. Elle prend sa source au sud-ouest du Ghana, où se situent les 2/3 des 300 km de son cours. Elle se jette ensuite dans la lagune Aby à Adiaké puis dans l’océan atlantique (sud-est de la Côte d’Ivoire). La Bia représente une fierté pour le peuple Sanwi*, car elle a accueilli le premier barrage hydro-électrique du pays en 1959, dans la petite localité d’Ayamé. Elle est ainsi une source importance de développement pour cette région dominée par l’agriculture et la pêche.

Un constat amer sur la Bia

Depuis le début du mois de janvier 2017, les populations de la région voient leur fleuve, leur patrimoine, subir les affres d’une pollution sans pourvoir rien y faire.

« La couleur de notre fleuve a vraiment changé, c’est presque de la boue maintenant », constate un habitant.

Le fleuve a viré du gris clair à l’ocre. Les dépôts argileux sont de plus en plus denses. Ce changement a déjà gagné les localités de Bianouan et Yaou au sud-est du pays (respectivement à 192 km et 160 km d’Abidjan). Cette boue argileuse se dirige maintenant vers les deux barrages hydro-électriques installés à Ayamé et pourrait l’atteindre d’ici deux à trois mois. La plupart des activités menées par les populations sur le fleuve sont arrêtées causant des risques alimentaires et la paupérisation.

Pis, la station de pompage d’eau brute installée en bordure de la Bia dans la localité de Bianouan est fermée à cause des risques de pollutions de l’eau de consommation et l’augmentation des coûts de traitement. Des compensations sont réalisées à partir de d’autres sources d’adduction, mais un problème d’accès à l’eau potable risque très bientôt de se poser. En plus, des risques sanitaires importants sont à craindre. Dans plusieurs petits campements installés sur le cours du fleuve, celui-ci constitue la seule ressource pour la consommation, la cuisson des aliments et les autres besoins domestiques en eau.

La source potentielle de la pollution…

Les informations fournies par les habitants de la région font état de la présence d’orpailleurs clandestins en amont du fleuve, du côté du Ghana. Ces derniers utilisent anarchiquement le fleuve pour laver la terre retirée des carrières aurifères. Ce qui expliquerait l’aspect boueux du fleuve.

Si cette information est avérée, l’inquiétude est alors très grande au regard de la source de pollution. Parce que, la pratique de l’orpaillage s’accompagne souvent avec l’utilisation du mercure pour amalgamer les particules et paillettes minuscules d’or. Le mercure est un métal lourd très dangereux pour la santé des hommes, des animaux et pour l’environnement. Une partie importante du mercure est absorbée par la matière organique et se retrouve directement dans les rivières et fleuves. Dans le cas où les pépites et les paillettes d’or sont facilement récupérables par gravité, la technique du mercure n’est pas appliquée par les orpailleurs qui réduisent ainsi leurs coûts de production.

Les orpailleurs qui polluent la Bia utilisent-ils le mercure pour leur activité ?

Pour l’instant, aucune situation macabre n’a été signalée mais des sensibilisations doivent déjà être menées pour éviter le pire. Aussi, un état des lieux urgent doit-il être réalisé pour évaluer les risques actuels de l’usage de l’eau de la Bia. La situation étant transfrontalière, les gouvernements ivoiriens et ghanéens doivent de concert réfléchir à des solutions adéquates. A peu près 100 000 habitants en Côte d’Ivoire sont déjà touchés par cette catastrophe écologique. Si rien n’est fait, c’est la lagune Aby et toute la belle baie balnéaire d’Assinie (115 km à l’est d’Abidjan), très prisée par les touristes, qui risquent d’être polluées.

*Sanwi : Peuple occupant les régions est et sud-est de la Côte d’Ivoire d’une superficie estimé à 6 500 km2.

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Jallaski

Jallaski

Je suis Jacques KIRIOUA, de nationalité ivoirienne. Spécialiste en agriculture durable, foresterie et environnement, je suis un blogueur amoureux des TIC et de l’écriture. J'ai découverts le blogging en 2010 avec une aventure d'écriture lancée par avenue225 et depuis, je suis devenu accroc. J'appartiens à la famille Mondoblog depuis 2016. Au plaisir d'avoir vos suggestions pour l'amélioration de mon blog!

5 Commentaires

  1. bonjour Mr Kirioua. j’ai découvert ce blog récemment et j’en suis presque ravis. je ne connais pas tellement la région mais je suis allée pour la 3eme fois à Ayamé le mois passé.
    Et j’ai constaté un fait de l’autre coté du barrage 1, où les pêcheur sont autorisés: l’eau a carrément changé de couleur .
    bon bien vrai que ce n’est pas nouveau, mais là on ne peut plus dire que c’est du fait de la saison pluvieuse que les poissons se font rares.
    Question pour vous: Pensez-vous que ce phénomène de pollution de l’eau a déjà un impact sur l’agriculture ?

    1. Bonjour Anne, Merci pour le feedback. Je vais prendre les dispositions pour effectivement enquêter sur la question que vous soulever. Mais je pense déjà qu’il y aura à n’en point douté des conséquences négatives sur l’agriculture de la région.

    1. Bonjour,

      Malheureusement nous n’avons pour l’instant aucune information concernant le niveau réel de cette pollution et ses impacts. Nous espérons que des experts du pays sont déjà en train de mener des recherches. Nous l’espérons vraiment pour le bien des populations.

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